Adultes
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Marie Nussbaum - 20 Mar, 2026
Quand vérifier devient survivre : l’angoisse invisible des rituels obsessionnels
Il arrive que des patients se présentent en consultation dans un état d’épuisement profond, pris dans des rituels qui les dépassent. Ils parlent d’une fatigue qui commence dès le réveil, d’une inquiétude qui s’installe avant même que la journée ne commence. Ils disent : « Je sais que c’est irrationnel, mais je ne peux pas m’en empêcher. » Et derrière cette phrase, il y a souvent des mois, parfois des années de lutte silencieuse. Certains vérifient la porte plusieurs fois avant de sortir. D’autres se lavent les mains jusqu’à en avoir la peau irritée. D’autres encore reviennent sur leurs pas pour s’assurer que le gaz est bien coupé, que la voiture est bien fermée, que rien de grave ne va arriver. Ce ne sont pas des gestes anodins. Ce sont des tentatives désespérées de tenir à distance une peur diffuse, une peur sans objet, une peur de catastrophe qui ne dit pas son nom. Une peur qui n’est pas avérée, mais qui s’impose comme si elle l’était. Une patiente me racontait qu’elle se lavait les mains jusqu’à dix fois de suite avant de pouvoir préparer le repas de ses enfants. Elle disait : « Je sais que mes mains sont propres, mais j’ai peur de leur transmettre quelque chose. » Ce « quelque chose » n’avait pas de forme. Pas de nom. C’était une inquiétude flottante, un sentiment de menace qui se déplaçait d’un objet à l’autre. Elle ne craignait pas vraiment les microbes. Elle craignait de ne pas être une mère suffisamment protectrice, de laisser passer un danger invisible, de ne pas être à la hauteur de ce que la vie lui demandait. Le lavage devenait un rituel pour apaiser une culpabilité ancienne, une responsabilité trop lourde, un amour inquiet. Un autre patient, lui, revenait systématiquement vérifier la porte de son appartement. Il disait : « Je sais qu’elle est fermée, mais j’ai peur que quelque chose arrive si je ne vérifie pas. » Ce « quelque chose » n’avait pas de forme non plus. C’était une inquiétude diffuse, un fond d’angoisse qui cherchait un lieu où se déposer. La porte devenait ce lieu. Une scène où l’angoisse pouvait se jouer sans envahir tout le reste. Ce qui frappe souvent, c’est la solitude dans laquelle ces patients vivent leurs rituels. Ils savent que cela n’a pas de sens, ils savent que la porte est fermée, que le robinet est coupé, que la lumière est éteinte. Ils le savent intellectuellement, mais leur corps, lui, ne le sait pas. Il réclame encore un geste, encore une vérification, encore une certitude impossible. Et c’est cette impossibilité-là qui les épuise. Dans la clinique, ces symptômes apparaissent rarement par hasard. Ils surgissent dans des moments où la vie se déplace : une naissance, un deuil, une séparation, un changement professionnel, une responsabilité nouvelle. Les anthropologues comme Mary Douglas ont montré combien les sociétés humaines utilisent des rituels pour contenir l’incertitude. Les patients obsessionnels, eux, inventent leurs propres rituels pour tenter de contenir une angoisse qui déborde. Ce n’est pas la porte qu’ils vérifient, ni les mains qu’ils lavent, mais la possibilité même de tenir debout dans un monde qui vacille. La psychanalyse n’aborde pas ces rituels comme des erreurs à corriger. Elle les écoute comme des réponses singulières à une histoire singulière. Freud (1907/1984) avait montré que l’obsessionnel tente de maîtriser une pensée ou un désir qu’il juge dangereux. Winnicott (1965) rappelait l’importance d’un environnement suffisamment fiable pour que le sujet puisse renoncer à la toute-puissance. Bion (1962), dans une perspective plus internationale, parlait de la nécessité de transformer l’angoisse brute en pensée. D’autres traditions, comme celles de l’école de Palo Alto ou les travaux transculturels de Kleinman (1988), insistent sur la manière dont le corps, la culture et les représentations sociales façonnent ces rituels. Ce qui importe, c’est de ne jamais réduire le patient à son symptôme. Le rituel n’est qu’un fragment de son histoire. Il faut croiser ce geste avec ce qui l’entoure : les pertes, les responsabilités, les identifications, les peurs, les désirs, les événements récents ou anciens qui ont fragilisé sa capacité à contenir l’angoisse autrement. Le symptôme n’est pas un ennemi à abattre, mais un langage à déchiffrer. Dans certains cas, le rituel s’apaise lorsque le patient découvre ce qu’il cherchait réellement à vérifier : non pas la porte, non pas la propreté des mains, mais sa propre solidité. Sa capacité à supporter l’incertitude. À accepter que tout ne peut pas être contrôlé. À reconnaître que la vulnérabilité n’est pas une faute. Et il arrive que, dans ce travail patient, la porte cesse d’être un lieu de menace. Les mains cessent d’être un danger potentiel. Le geste se détend. Le corps respire autrement. Le sujet découvre qu’il peut sortir sans revenir, qu’il peut cuisiner sans se laver les mains dix fois, qu’il peut laisser derrière lui une porte fermée sans avoir besoin de la toucher encore. Ce jour-là, il ne s’agit pas d’une victoire sur le symptôme. Il s’agit d’une rencontre avec soi. Une rencontre qui dépend de l’histoire du patient, de ce qu’il porte, de ce qu’il a traversé, de ce qu’il peut symboliser. Rien n’est universel. Rien n’est mécanique. Tout est singulier. Et c’est peut-être cela, au fond, que permet le travail analytique : non pas de vérifier, mais de se vérifier. Non pas de contrôler, mais de comprendre. Non pas de rassurer, mais de transformer. Une manière de redonner au monde un peu de sa fluidité, et au sujet un peu de sa liberté. Références  Bion, W. R. (1962). Aux sources de l’expérience. Paris : PUF. Douglas, M. (1966). De la souillure. Paris : La Découverte. Freud, S. (1907/1984). Le délire et les rêves dans la Gradiva de Jensen. Paris : Gallimard. Kleinman, A. (1988). Rethinking Psychiatry: From Cultural Category to Personal Experience. New York : Free Press. Winnicott, D. W. (1965). Processus de maturation chez l’enfant. Paris : Payot.
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Marie Nussbaum - 13 Mar, 2026
Quand l’obscurité nous attire : ce que les récits criminels révèlent de nous
Il y a quelque chose de profondément humain dans notre fascination pour les polars, les séries criminelles, les récits d’enquêtes qui s’aventurent dans les zones les plus obscures de l’âme. Nous les regardons tard le soir, parfois pour nous distraire, parfois pour nous rassurer, parfois sans savoir ce que nous cherchons vraiment. Comme si, en observant l’impensable chez l’autre, nous tentions d’apprivoiser ce qui, en nous, demeure opaque. Freud rappelait que le crime, même fictionnel, réveille des échos archaïques. Il disait que l’être humain porte en lui des motions agressives qu’il préfère ignorer, et que la fiction offre un espace sûr pour les approcher. Lacan, plus tard, soulignait que le passage à l’acte surgit là où la parole échoue, là où le sujet ne trouve plus d’adresse possible pour sa souffrance. Peut-être est-ce cela qui nous fascine : la tentative de comprendre ce qui, chez un autre, a rompu le fil symbolique. Dans les polars, le crime n’est jamais seulement un acte. Il est une énigme. Une énigme qui nous rassure parce qu’elle promet une résolution. Une énigme qui nous apaise parce qu’elle met en scène ce que nous craignons sans avoir à le vivre. Une énigme qui nous permet de regarder la violence humaine à distance, comme à travers une vitre. Dans la réalité, pourtant, rien n’est jamais aussi clair. J’ai eu l’occasion, au cours de ma pratique, de contribuer à des diagnostics à l’Infirmerie Psychiatrique de la Préfecture de Police, à Sainte‑Anne, ce lieu singulier où se croisent la clinique, la justice et l’urgence. Là, les actes ne sont pas scénarisés. Ils arrivent bruts, parfois incompréhensibles, parfois terrifiants. Et pourtant, même là, quelque chose cherche à se dire. C’est dans ces lieux que l’héritage de De Clérambault prend tout son sens. Lui qui, à Sainte‑Anne justement, décrivait avec une précision presque chirurgicale les mécanismes délirants, les automatismes mentaux, les phénomènes d’emprise intérieure. Il montrait que derrière l’acte, même le plus déroutant, il existe une logique, une cohérence interne, une nécessité psychique. Ce n’est pas une justification. C’est une tentative de comprendre ce qui, dans l’économie du sujet, a rendu l’impensable possible. Le travail de l’expert psychiatre ou psychologue n’est pas de juger. Il est d’éclairer. D’essayer de comprendre ce qui, dans l’histoire d’un sujet, dans sa structure psychique, dans ses effondrements, a rendu possible un acte que lui-même ne comprend pas toujours. Bénézech, dans ses travaux de psychiatrie légale, rappelait que l’expertise n’est ni une défense ni une accusation, mais une mise en perspective. Elle tente de situer l’acte dans une trajectoire, dans un délire, dans une désorganisation, dans une faille. Dans certains procès, l’expertise a été décisive. Elle a permis de distinguer un acte commis dans un moment de rupture psychotique d’un acte mû par une intention consciente. Elle a permis de reconnaître la désorganisation mentale d’un sujet qui, au moment des faits, n’avait plus accès à la réalité. Elle a permis, parfois, de comprendre qu’un geste violent était la dernière tentative d’un sujet pour échapper à un effondrement intérieur. Là où la presse parle de « monstre », l’expertise parle de structure, de délire, de clivage, de désubjectivation. Là où le récit médiatique simplifie, l’expertise complexifie. Irvin Yalom écrivait que « comprendre n’est pas pardonner, mais comprendre apaise ». C’est peut-être cela que nous cherchons dans les polars : une forme d’apaisement. Une manière de regarder la violence humaine sans être engloutis par elle. Une manière de croire que l’énigme peut être résolue, que le chaos peut être ordonné, que le sens peut être retrouvé. Dans la réalité, le sens n’est jamais donné. Il se construit. Il se cherche. Il se travaille. L’expert n’apporte pas une vérité absolue. Il propose une lecture, une hypothèse, une mise en perspective. Il tente de restituer au sujet une part de son humanité, même là où l’acte semble l’avoir effacée. Peut-être que si nous aimons tant les polars, c’est parce qu’ils nous offrent une version supportable de ce travail. Une version où l’enquête aboutit, où le coupable est identifié, où la vérité se laisse saisir. Une version où l’on peut refermer le livre ou éteindre l’écran en se disant que l’ordre a été rétabli. Dans la vie, rien n’est jamais aussi simple. Mais c’est précisément pour cela que la clinique existe : pour accueillir ce qui ne se résout pas en quarante‑cinq minutes, pour entendre ce qui ne se dit pas, pour éclairer ce qui demeure obscur. Pour rappeler que derrière chaque acte, même le plus impensable, il y a un sujet, une histoire, une souffrance, une faille. Et peut-être que c’est cela, au fond, qui nous attire tant dans les récits criminels : la possibilité de regarder l’ombre sans s’y perdre. La possibilité de comprendre un peu mieux ce qui, en chacun de nous, cherche encore une forme de lumière. RÉFÉRENCES  Bénézech, M. (2004). Psychiatrie légale et criminologie. Paris : Masson. De Clérambault, G.-G. (1942). Œuvres psychiatriques. Paris : PUF. Freud, S. (1916/2010). Introduction à la psychanalyse. Paris : Payot. Lacan, J. (1955/2013). Le Séminaire, Livre III : Les psychoses. Paris : Seuil. Lacan, J. (1966). Écrits. Paris : Seuil. Racamier, P.-C. (1992). Le génie des origines. Paris : Payot. Yalom, I. D. (1989). Et Nietzsche a pleuré. Paris : Galaade.
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Marie Nussbaum - 10 Feb, 2026
Le pet comme langage du corps : entre psychanalyse, culture et clinique du quotidien
Il est parfois utile de déplacer le regard vers les gestes les plus ordinaires pour mieux comprendre les dynamiques invisibles qui nous traversent. Observer les différences de comportements entre soi et les autres — et les tensions internes que cela suscite — peut devenir une opportunité d’apprentissage et d’introspection. Ce que nous percevons comme une gêne ou une provocation, comme un simple pet, peut en réalité être le reflet de notre propre histoire, de notre état intérieur, et de celui d’autrui. Explorer cette interaction, même dans sa trivialité, permet de mieux se situer dans le lien à l’autre, et d’ouvrir une voie vers une clinique du quotidien, où le corps parle autant que les mots. Claude Lévi-Strauss, dans ses travaux sur les rites et les structures symboliques, n’a pas abordé directement le pet, mais ses analyses permettent d’envisager cet acte comme porteur de sens dans les systèmes culturels. Dans La voie des masques et Les Mythologiques, il montre comment les oppositions fondamentales — pur/impur, nature/culture, visible/invisible — s’expriment à travers des pratiques corporelles codifiées. Le pet, en tant qu’émission invisible mais perceptible, pourrait être lu comme une inversion de polarité entre l’intérieur et l’extérieur, entre le caché et le révélé, entre le privé et le social. Lévi-Strauss insiste sur le fait que les rites et les mythes traduisent des structures mentales universelles, et que les pratiques corporelles, même les plus triviales, participent à cette organisation du sens. Dans certaines cultures, le pet est intégré à la vie sociale sans gêne particulière. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, il peut faire partie de jeux rituels ou de formes de communication informelle. En Chine, notamment dans les zones rurales, les toilettes publiques sont parfois dépourvues de portes, et il est courant de voir des enfants déféquer en public, vêtus de pantalons fendus à l’entrejambe. Cette pratique, liée à l’hygiène naturelle infantile, montre que l’émission corporelle n’est pas nécessairement taboue dans ces contextes. Le bruit du corps n’y est pas systématiquement réprimé, contrairement au Japon, où les toilettes sont souvent équipées de dispositifs sonores diffusant de la musique ou des sons d’eau pour masquer les bruits corporels. Cette technologie illustre une volonté de préserver la pudeur et le contrôle du corps dans l’espace public, en effaçant toute trace sonore de l’intimité. Du point de vue de la psychologie clinique et de la psychanalyse, le pet peut être lu comme une expression de conflits internes, de défenses psychiques et de modalités d’expression du malaise. Freud identifie la phase anale comme centrale dans la construction du rapport au corps, à l’autorité et à la maîtrise. Le pet, en tant qu’expulsion incontrôlée, peut être un acte manqué, une décharge pulsionnelle ou une provocation passive. Il peut exprimer un conflit inconscient entre le désir de transgression et l’interdit social. Wilhelm Reich, dans son analyse caractérielle, voit dans le relâchement corporel une levée des défenses musculaires, permettant l’expression d’affects refoulés. Le pet peut ainsi fonctionner comme une défense contre l’angoisse, une manière de réguler une excitation interne trop forte, sans passer par le langage. Jacques Lacan, bien qu’il n’ait pas traité directement du pet, considère le corps comme surface de jouissance et de langage. Le pet peut alors être un signifiant involontaire, une irruption du réel dans le symbolique, un événement corporel qui perturbe l’ordre du discours. Il peut aussi être lu comme une désinhibition, traduisant un relâchement des normes intériorisées, ou une régression à des stades précoces du développement. Dans le couple, il peut marquer une rupture du pacte de séduction, une banalisation du corps, voire une négligence du lien affectif. L’odeur qu’il émet renvoie à une trace olfactive primaire, archaïque, qui permet au sujet de se sentir exister, pour lui-même et pour autrui. Elle évoque la matière fécale, le rejet, l’animalité, mais aussi la proximité et l’intimité. Elle peut réveiller des souvenirs familiaux, des ambiances d’enfance, des pratiques domestiques. Certains patients en thérapie évoquent des familles où les pets étaient monnaie courante, tolérés, voire moqués. D’autres racontent des environnements où tout bruit corporel était réprimé, associé à la honte. Le pet devient alors un symptôme : il parle de l’histoire du sujet, de son rapport au corps, à la loi, au désir. Même le cinéma s’est emparé de ce bruit. Dans Le Professeur Foldingue (The Nutty Professor, 1996), Eddie Murphy incarne une famille entière en train de péter à table, dans une scène burlesque devenue culte. Derrière l’humour, on peut y lire une désinhibition collective, une transgression des normes sociales, et une mise en scène du corps comme lieu de plaisir et de chaos. Proposer un regard sur le pet, c’est donc faire un pas de côté. C’est considérer qu’il peut être un objet d’analyse dans une clinique du quotidien, où les gestes les plus banals deviennent porteurs de sens. Cette réflexion engage une écoute du corps dans ses expressions les plus triviales, mais aussi les plus révélatrices. Et si, finalement, ce n’était pas le sujet qui parle… mais le pet qui prend la parole ? Un souffle venu du fond de soi, qui dit ce que la bouche tait, qui s’impose là où le langage hésite. Car parfois, dans le silence des convenances, c’est le bruit le plus inattendu qui vient faire entendre l’inconscient. Références Freud, S. (1901). Psychopathologie de la vie quotidienne. Paris : PUF. Freud, S. (1905). Trois essais sur la théorie sexuelle. Paris : Gallimard. Reich, W. (1933). Analyse caractérielle. Paris : Payot. Lacan, J. (1966). Écrits. Paris : Seuil. Lévi-Strauss, C. (1979). La voie des masques. Paris : Plon. Lévi-Strauss, C. (1964–1971). Les Mythologiques (4 tomes). Paris : Plon. Shadyac, T. (Réalisateur). (1996). The Nutty Professor [Film]. Universal Pictures.
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Marie Nussbaum - 16 Dec, 2025
Don du corps à la science : une quête de symbolisation
Il existe des deuils qui s’ouvrent dans un silence particulier. Des deuils où le corps du défunt disparaît pendant des mois, parfois des années, parce qu’il a été donné à la science. Des deuils où les proches restent dans une attente étrange, suspendus entre la gratitude pour le geste accompli et la douleur d’être privés de ce qui, depuis toujours, aide les humains à dire adieu : un corps, un lieu, un rituel, un nom gravé quelque part. À ma consultation, j’ai rencontré des enfants devenus adultes qui ont vécu cela. Deux ans d’attente pour récupérer le corps d’un parent. Deux ans sans cérémonie, sans tombe, sans date, sans geste collectif. Deux ans où le deuil ne pouvait ni commencer ni se poursuivre. Deux ans où l’absence restait brute, sans forme, sans contour. Deux ans où la douleur ne trouvait pas d’adresse. Freud rappelait que le travail de deuil consiste à détacher, peu à peu, l’investissement psychique du défunt pour le réorienter vers la vie. Mais comment faire ce travail quand le corps n’est pas là ? Quand il n’y a pas de lieu où aller ? Quand il n’y a pas de moment où se rassembler ? Quand le temps lui-même semble suspendu ? Winnicott parlait de l’importance des objets et des gestes transitionnels pour permettre à l’enfant — et à l’adulte — de symboliser ce qui manque. Le rituel funéraire est un de ces objets. Il crée un passage. Il transforme la mort en événement psychique. Il permet de dire : « C’est arrivé. » Il permet de commencer à penser ce qui, sans cela, reste impensable. Quand le corps est donné à la science, ce passage est interrompu. Le geste du parent, souvent généreux, parfois militant, peut être vécu par les enfants comme une dépossession. Non pas parce qu’ils s’opposent au don, mais parce qu’ils n’ont plus accès à ce qui, pour eux, aurait permis de commencer à se séparer. Dolto rappelait que le corps du défunt n’est pas seulement un corps biologique : il est un support symbolique, un dernier lien, un dernier message. Dans certains cas, le don du corps laisse les proches dans une forme de deuil blanc, comme l’écrivait Racamier. Un deuil sans objet. Un deuil sans scène. Un deuil sans preuve. Un deuil qui ne peut ni se dire ni se représenter. Un deuil qui reste en suspens, comme un livre ouvert dont il manque les dernières pages. La psychologie clinique et la psychanalyse peuvent accompagner ces situations rares mais profondément éprouvantes. Elles permettent de remettre du sens là où le réel a été trop abrupt. Elles permettent de reconstruire un rituel intérieur quand le rituel extérieur n’a pas eu lieu. Elles permettent de créer un espace où la parole peut remplacer, en partie, ce qui n’a pas pu être vécu. Pour les enfants devenus adultes, il s’agit souvent d’un travail de réappropriation. Réappropriation du geste du parent, qui peut être compris comme un acte de transmission, un acte de confiance dans la science, un acte de générosité. Réappropriation de leur propre douleur, qui peut enfin être reconnue, nommée, entendue. Réappropriation du lien, qui peut se reconstruire autrement, sans corps mais pas sans mémoire. Kaës rappelait que les rituels ne sont pas seulement des traditions : ce sont des dispositifs psychiques collectifs qui permettent de transformer l’insupportable en pensable. Quand ils manquent, il faut en inventer d’autres. Une lettre écrite au défunt. Une marche. Une musique. Un objet choisi. Un lieu symbolique. Une date. Un geste. Quelque chose qui permette de dire : « Je te laisse partir, mais je te garde avec moi autrement. » Pour ceux qui envisagent de donner leur corps à la science, il est possible d’aider leurs proches en les informant de leur intention. En expliquant ce que ce geste signifie pour eux. En leur laissant la possibilité d’imaginer un rituel alternatif. En leur disant qu’ils auront le droit de créer un moment, un lieu, une parole. En leur donnant la permission de faire un adieu même sans corps. En leur offrant, avant de partir, un espace où le symbolique pourra se construire. Le don du corps à la science est un geste noble. Mais il laisse parfois ceux qui restent avec une énigme. Une énigme que la psychanalyse peut aider à déplier. Une énigme qui demande du temps, de la douceur, de la créativité. Une énigme qui, un jour, peut devenir un récit. Et dans ce récit, le défunt retrouve une place. Une place vivante. Une place symbolique. Une place qui permet enfin à ceux qui restent de continuer à vivre. RÉFÉRENCES  Dolto, F. (1985). Lorsque l’enfant paraît. Paris : Gallimard. Freud, S. (1917). Deuil et mélancolie. In Métapsychologie. Paris : Gallimard. Kaës, R. (2009). Les alliances inconscientes. Paris : Dunod. Lebovici, S. (1983). Le nourrisson, la mère et le psychanalyste. Paris : Bayard. Racamier, P.-C. (1992). Le génie des origines. Paris : Payot. Winnicott, D. W. (1971). Jeu et réalité. Paris : Gallimard.
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Marie Nussbaum - 01 Nov, 2025
Le vol du Louvre : une adresse silencieuse
Il arrive parfois qu’un événement extérieur, presque irréel, vienne éclairer nos questions les plus intimes. Cet automne, l’annonce du vol de joyaux au Louvre a traversé l’espace public comme une onde brillante : la couronne de France, ses pierres, son éclat, envolés comme un oiseau que l’on croyait trop lourd pour s’échapper. La foule s’en est émue, certains s’en sont amusés, d’autres ont raillé l’audace du geste. C’était un peu comme si l’on avait retiré une étoile du ciel : chacun la croyait immuable, et soudain elle n’y est plus. Ce type d’événement nous rappelle que le vol n’est jamais un acte anodin. Il touche à la valeur, au manque, à la dette, à la filiation — à ce qui nous constitue. Il dit quelque chose de celui qui prend, mais aussi de celui à qui l’on prend. Voler peut prendre de multiples formes. Il y a les vols dérisoires, compulsifs, où l’objet n’a aucune importance : un stylo, un châle, un briquet. Dans la kleptomanie, l’objet n’est qu’un prétexte, un apaisement fugace d’une tension interne, un geste qui vient colmater une brèche invisible — ce que Winnicott aurait peut-être décrit comme une tentative désespérée de restaurer une continuité d’être. À l’opposé, les vols grandioses visent des symboles : diamants, couronnes, œuvres d’art. Comme si l’objet convoité portait en lui une promesse de réparation narcissique, une possibilité de se hisser à la hauteur d’un idéal perdu. Voler un symbole, c’est parfois tenter de s’approprier une puissance qui manque à l’intérieur, dire silencieusement : « Je prends ce qui m’a été refusé. » Racamier y aurait vu une lutte contre les « génies des origines », ces fantômes qui hantent certains sujets. Il existe aussi les micro-transgressions du quotidien : ne pas payer son ticket de métro, resquiller, frauder un abonnement. Ce n’est pas tant l’économie réalisée qui importe que le sentiment d’échapper à une contrainte, de se soustraire à un ordre perçu comme arbitraire. À l’autre extrémité du spectre, les détournements massifs — l’affaire Madoff en étant l’archétype — relèvent d’une mise en scène mégalomaniaque. Green aurait parlé d’un « travail du négatif » poussé à son paroxysme : détruire les liens, effacer les dettes, se constituer comme origine absolue. Et puis il y a les vols de survie : voler pour manger, pour tenir jusqu’à la fin du mois. Ici, l’acte n’est pas un défi à la loi, mais une tentative de préserver la vie. Dolto dirait que le sujet cherche à maintenir son intégrité narcissique minimale : ne pas s’effondrer. Les pillages lors d’émeutes ou de catastrophes naturelles — comme après l’ouragan Katrina — relèvent encore d’une autre dynamique : groupale, archaïque. La foule devient un organisme unique, mû par des pulsions de survie, de vengeance ou de réappropriation symbolique. L’objet volé n’est plus un objet, mais un signe, un cri collectif. Contrairement à une idée répandue, le vol de l’enfant n’est pas une version miniature du vol adulte. Il n’annonce ni délinquance future ni pathologie. Il est souvent un langage, un geste qui parle à la place de mots encore trop fragiles. Entre quatre et sept ans, voler peut être une manière d’explorer les frontières du monde : tester la limite entre « à moi » et « pas à moi ». L’enfant ne comprend pas encore pleinement la propriété ; il tâtonne. Vers sept ou huit ans, le vol peut devenir une manière d’attirer l’attention. Une petite fille qui prend un stylo à sa maîtresse ne cherche pas l’objet : elle cherche la maîtresse. Elle veut garder un morceau d’elle, comme on garde un caillou ramassé sur une plage aimée. Plus tard, le vol peut venir réparer une blessure narcissique. Un garçon de dix ans qui subtilise des cartes Pokémon à un camarade ne cherche pas la transgression : il cherche à être « comme les autres ». L’objet devient un pansement, une tentative de combler un sentiment d’infériorité. Et parfois, quel que soit l’âge, le vol est un message adressé à quelqu’un : un parent, un enseignant, une fratrie. Quand les mots manquent, l’acte parle. Dans la clinique, il existe aussi ces petits vols silencieux : l’enfant qui emporte un objet de la consultation. Ce geste, loin d’être une transgression, est souvent une tentative de maintenir la continuité du lien. Winnicott aurait parlé d’objet transitionnel : un pont entre deux mondes, une manière de ne pas perdre l’autre entre deux séances. On oublie souvent l’autre versant du vol : celui qui est volé. Être volé, c’est faire l’expérience d’un manque soudain, d’une intrusion, d’une brèche dans la continuité psychique. Même si rien d’essentiel n’a été pris, quelque chose a été déplacé en soi. Je pense à Maya, une patiente à qui l’on a volé la montre de son père et deux bagues, quelques jours après son décès. Ce n’était pas la valeur des objets qui comptait, mais ce qu’ils représentaient : un lien, une mémoire, une filiation. Le vol a ravivé une douleur plus ancienne : celle de perdre encore. Accompagner celui qui a été volé, c’est reconnaître cette atteinte symbolique. Ce n’est pas seulement l’objet perdu qu’il faut entendre, mais ce qu’il incarnait : un souvenir, une sécurité, une part de soi. Qu’il soit spectaculaire comme celui d’un joyau ou discret comme celui d’un stylo, le vol ouvre toujours une question : qu’est-ce que ce geste tente de dire, et à qui. Qu’est-ce qu’il vient réparer, réclamer, dénoncer. Et qu’est-ce qu’il vient déplacer chez celui qui en est la cible. Comprendre le vol, c’est accepter d’écouter ce que l’acte murmure lorsque les mots ne suffisent pas encore. C’est reconnaître que derrière chaque objet pris, il y a une histoire, un manque, un désir, une adresse. En fin de compte, le vol nous parle de la fragilité des liens, de la circulation des objets et des affects, de ce qui se transmet et de ce qui se perd. Peut-être est-ce là, finalement, la leçon silencieuse de cette couronne disparue : les objets brillent, mais ce sont les histoires qu’ils portent qui nous éclairent. Références  Dolto, F. (1985). Lorsque l’enfant paraît. Gallimard. Green, A. (1993). Le travail du négatif. Minuit. Racamier, P.-C. (1992). Le génie des origines. Payot. Winnicott, D. W. (1971). Playing and Reality. Tavistock Publications.
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Marie Nussbaum - 01 Nov, 2025
Thérapie de couple : entre amour, attachement et réparation
Explorer les blessures, les attentes et les silences La thérapie de couple ne vise pas à « sauver » une relation à tout prix, mais à offrir un espace où les partenaires peuvent explorer ce qui se joue entre eux : les blessures, les attentes, les répétitions, les silences. Elle permet de mettre en mots ce qui parfois agit en creux — les loyautés invisibles, les peurs d'abandon, les conflits de valeurs ou les désirs divergents. Figures internationales et approches cliniques À New York, la psychanalyste Orna Guralnik, connue pour son rôle dans la série documentaire Couples Therapy sur Showtime, incarne une approche à la fois rigoureuse et profondément humaine. Dans ses séances, elle invite les couples à ralentir, à écouter, à se confronter à leurs propres contradictions. Elle montre que les conflits ne sont pas des échecs, mais des points d'entrée vers une compréhension plus fine de soi et de l'autre. Son travail met en lumière les effets du passé sur le présent amoureux : les traumatismes, les héritages familiaux, les identités culturelles. Elle insiste sur la nécessité de créer un cadre sécurisé où chacun peut risquer la vulnérabilité sans être englouti par elle. Esther Perel, autre figure internationale incontournable, explore les paradoxes du désir et de l'intimité dans le couple. Dans Mating in Captivity, elle montre comment les couples peuvent se heurter à des tensions entre sécurité et liberté, entre fusion et autonomie. Elle insiste sur le fait que « le couple n'est pas une entité figée, mais un espace vivant, traversé par des forces parfois opposées ». Pour elle, la thérapie est un lieu où l'on peut réinventer le lien, redonner du souffle à la relation, ou simplement mieux comprendre ce qui s'y joue. Perspectives françaises : amour et attachement En France, Boris Cyrulnik éclaire les dynamiques affectives sous un autre angle. Dans Quand on tombe amoureux, on se relève attaché, il distingue clairement l'amour — souvent fulgurant, lié au coup de foudre — de l'attachement, qui se tisse dans la durée. « L'amour, c'est le faisceau de la récompense, l'activation de la dopamine, de la sérotonine, des endorphines. L'attachement, lui, repose sur le circuit limbique, celui de la mémoire et de la sécurité. » Cyrulnik rappelle que l'attachement ne doit pas devenir engourdissant : il doit permettre l'exploration, la séparation sans crainte, le retour confiant. Serge Tisseron, psychiatre et docteur en psychologie, ajoute une dimension essentielle : celle de la symbolisation et des images mentales. Il a beaucoup travaillé sur les secrets de famille, les effets des non-dits, et les relations aux technologies. Dans ses écrits sur l'intimité et l'extimité, il montre comment les couples peuvent se perdre dans des représentations figées de l'autre, ou dans des projections non interrogées. Pour Tisseron, la thérapie de couple est aussi un lieu de déconstruction des scénarios implicites, de mise à jour des attentes irréalistes, et de réinvention du lien. Situations cliniques et transformations Dans la pratique clinique, les situations sont souvent complexes, nuancées, et profondément humaines. Eddi et Jade, par exemple, viennent en consultation après dix ans de vie commune. Ils expliquent ne plus savoir comment communiquer ensemble, se sentir épuisés, ne plus s'entendre depuis l'arrivée de leur bébé. Derrière les reproches et les silences, se dessinent des enjeux de reconnaissance, de répartition des rôles, de solitude dans la parentalité. La thérapie permet ici de nommer les ressentis, de rétablir une écoute, et parfois de redonner une place au couple au-delà de la parentalité. Fanny et Jérôme, eux, arrivent avec une tension sourde : ils ne se disputent pas, mais ne se parlent plus vraiment. Ils vivent côte à côte, dans une forme de politesse affective. La thérapie leur permet d'explorer ce qui s'est figé : les attentes non dites, les blessures anciennes, les renoncements silencieux. Elle ouvre un espace où chacun peut dire ce qu'il n'a jamais osé formuler, sans chercher à accuser, mais pour comprendre. Jean et Marie viennent en séance après une crise violente. Ils disent ne plus se reconnaître, ne plus se supporter. Mais derrière les cris, il y a une peur de perdre l'autre, une angoisse de séparation, une confusion entre amour et emprise. La thérapie leur offre un lieu pour différencier les affects, pour penser les enjeux de pouvoir, de dépendance, et de désir. Ania et Igor, récemment mariés, n'arrivent pas à se mettre d'accord sur l'achat d'un appartement ni sur l'idée d'avoir un enfant. Ce premier grief révèle en réalité des divergences profondes : rapport à l'argent, à la carrière, aux modèles parentaux, aux projections sur l'avenir. La thérapie permet ici de décrypter les enjeux sous-jacents, de faire dialoguer les représentations, et d'apprendre à connaître l'autre — et soi-même — dans le cadre du lien conjugal. Espace de transformation et de vérité La thérapie de couple ne promet pas la réconciliation, ni la séparation. Ce n'est pas le rôle du thérapeute de décider de l'issue. Mais elle offre un espace de vérité, de bienveillance, d'écoute, de transformation, et parfois de réparation. Elle permet de passer du « je t'aime » au « je te vois », du « tu ne me comprends pas » au « voici ce que je ressens ». Elle invite à penser ensemble, à rêver ensemble, ou à se séparer avec dignité. Elle tisse du lien, du sens, et parfois une nouvelle manière d'être ensemble — ou de ne plus souffrir à deux.
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Marie Nussbaum - 01 Oct, 2025
Addiction sexuelle : entre jouissance, souffrance et quête de lien
Interroger les modalités de la jouissance et du rapport à l'autre L'addiction sexuelle, loin d'être un simple excès de désir, interroge les modalités de la jouissance, du lien à l'autre et du rapport au corps. Elle peut être plaisir, mais devient symptôme lorsqu'elle s'impose comme unique voie d'expression ou de régulation psychique, au prix de la souffrance, de l'isolement ou de la répétition. Perspectives psychanalytiques contemporaines Dans la littérature psychanalytique contemporaine, des auteurs comme Vincent Estellon, Joyce McDougall, Patrick Carnes, Aviel Goodman, Shere Hite, Martin Kafka ou Laurent Karila ont exploré les racines archaïques de ces conduites. Estellon parle d'une sexualisation défensive : une manière de conjurer la terreur d'aimer et d'être aimé, en substituant au lien affectif une scène sexuelle répétitive, souvent désaffectivée. Cas cliniques et répétitions Prenons Corentin. Il enchaîne les partenaires féminines, avec une obsession : les faire jouir. Mais dès que le lien pourrait s'approfondir, il disparaît. Ce n'est pas tant l'autre qui l'intéresse que l'effet qu'il produit sur elle. Il se vit comme dispensable, remplaçable, et cherche dans cette répétition une preuve de sa valeur, sans jamais s'autoriser à être touché. L'orgasme de l'autre devient un substitut à l'amour, une preuve de sa propre existence, mais sans attachement. Tony, lui, a grandi avec un père impuissant, effacé, incapable d'incarner une figure de transmission. Sa sexualité compulsive, marquée par une quête de performance, semble répondre à une angoisse de castration. Il cherche à se prouver qu'il est un homme, mais dans une boucle sans fin, car aucun acte ne suffit à combler le vide laissé par l'absence du père. Pratiques codifiées et ritualisations Ari et Jean ne fréquentent que des clubs échangistes. L'échangisme, à la différence du libertinage, suppose une mise en scène du couple dans un cadre codifié, où l'échange est central. Le libertinage, plus large, inclut des pratiques sexuelles variées, souvent dans une logique d'exploration ou de transgression. Pour Ari et Jean, l'échangisme est devenu un rituel, une scène répétée où le lien conjugal est mis à l'épreuve. Mais derrière cette intensité, se cache une difficulté à se rencontrer autrement que dans la performance. Garance et Éluard, mariés depuis trente ans, ne se retrouvent plus que dans l'excitation de la prochaine liberté. Le libertinage, qui fut un espace de jeu et de complicité, devient une béquille. L'un des deux commence à souffrir, à ne plus s'y reconnaître. L'équilibre s'effrite. Ce n'est pas tant la pratique qui est en cause, mais la perte de sens, l'absence de parole, et la solitude dans le lien. Toute-puissance et dépossession Anna, brillante universitaire, consulte pour une fatigue inexpliquée. Elle évoque, à mi-voix, ses pratiques BDSM où elle se laisse dominer par des hommes plus jeunes, souvent en situation de précarité. Elle dit y trouver un soulagement, une forme de dépossession. Mais cette soumission semble rejouer une ambivalence : celle d'une toute-puissance sociale et intellectuelle qu'elle ne parvient pas à habiter, et qu'elle délègue à l'autre dans l'intimité. Là encore, la pratique n'est pas en soi pathologique, mais sa répétition, son caractère exclusif, et l'absence de lien affectif interrogent. Un autre patient, Karim, dépense des sommes considérables en prostitution. Il ne parvient plus à établir de lien amoureux. La transaction financière devient le seul cadre où il se sent autorisé à désirer. Il dit : « au moins là, je sais ce que je vaux ». Le paiement devient un rituel de contrôle, une manière de se protéger du rejet, mais aussi de figer la relation dans une asymétrie rassurante. Distinction entre plaisir et symptôme Ces formes de jouissance ne sont pas nécessairement pathologiques. Elles peuvent être l'expression d'un désir singulier, d'une recherche de soi, d'un jeu consenti. Mais lorsqu'elles s'imposent comme seule modalité de lien, qu'elles s'accompagnent de souffrance, d'isolement, de honte ou d'une insatisfaction chronique malgré la multiplication des partenaires ou des stimulations, elles deviennent le signe d'un conflit psychique à entendre. Comme le souligne Joyce McDougall, ces patients ont souvent connu des expériences précoces d'intrusion ou d'abandon, et ont construit des défenses puissantes pour survivre à l'angoisse d'anéantissement. Martin Kafka parle d'hypersexualité comme trouble du contrôle des impulsions, tandis que Patrick Carnes insiste sur la dimension addictive et compulsive, souvent liée à des traumas précoces. Perspective clinique et thérapeutique Engager une réflexion clinique sur ces pratiques, c'est offrir un espace où le sujet peut interroger ce qui se répète, ce qui échappe, ce qui fait souffrance. C'est aussi reconnaître que la sexualité, dans sa complexité, peut être un lieu de lien, de réparation, ou de perte — selon la manière dont elle s'inscrit dans l'histoire du sujet. RéférencesCarnes, P. (2001). Out of the Shadows: Understanding Sexual Addiction. Hazelden Publishing. Estellon, V. (2012). Les racines archaïques des addictions sexuelles. Conférence de Sainte-Anne, Société Psychanalytique de Paris. Kafka, M. P. (2010). Hypersexual disorder: A proposed diagnosis for DSM-V. Archives of Sexual Behavior, 39(2), 377–400. Karila, L., & Reynaud, M. (2011). Addictions sexuelles: données cliniques et thérapeutiques. La Presse Médicale, 40(4), 399–407. McDougall, J. (1982). Théâtres du corps. Gallimard. Goodman, A. (1993). Diagnosis and treatment of sexual addiction. Journal of Sex & Marital Therapy, 19(3), 225–251.
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Marie Nussbaum - 01 Apr, 2025
Corps en souffrance, parole absente
Une lecture psychanalytique des troubles alimentaires Les troubles du comportement alimentaire — anorexie, boulimie, hyperphagie — questionnent bien au-delà de la nutrition ou du rapport à la nourriture. Ils révèlent un lien tourmenté au corps, à l'image de soi, au désir, et souvent, à l'Autre. En tant que psychologue clinicienne et psychanalyste, je souhaite ici proposer une lecture de ces troubles en m'appuyant sur les apports théoriques de la psychanalyse et sur mon expérience clinique. Les exemples et prénoms sont fictifs, comme pour mes autres publications. À travers mes propos, je propose de mieux comprendre comment, dans la douleur, le corps peut devenir langage, support d'un message que les mots n'ont pas su porter. Il ne s'agit pas de savoir ce que le sujet mange ou refuse de manger, mais de comprendre ce que cette conduite signifie pour lui, ce qu'elle vient dire à sa place, parfois depuis une histoire enfouie et jamais parlée. Car quand la parole est empêchée ou trop douloureuse à formuler, c'est le corps qui parle : il mime, rejoue, supplée. Et le symptôme alimentaire devient une tentative de figuration, une manière pour le sujet de se rendre lisible là où il ne peut être entendu. La psychanalyse nous offre les outils pour entendre ce langage silencieux. Freud parlait du symptôme comme d'un compromis entre pulsion et refoulement ; Lacan nous rappelle que « le symptôme, c'est ce qui fait trace d'un événement du corps capté dans l'ordre du langage ». C'est cette articulation que je souhaite éclairer. Dans les cas rencontrés en clinique, on constate que le corps est souvent investi comme rempart, comme surface de projection. Il devient le lieu d'un conflit entre l'identité, l'affect et le désir, et parfois, le seul espace où l'existence semble pouvoir s'inscrire. Anastasia (17 ans), arrive en consultation à la demande de sa mère, inquiète de sa maigreur extrême. Intellectuellement brillante, elle rejette toute inquiétude médicale. Dans ses mots, une phrase revient : « Je veux disparaître sans faire de bruit ». Elle refuse les marques de féminité, se méfie des transformations corporelles, et semble chercher dans la maîtrise alimentaire une forme de contrôle total sur son corps, et au fond, sur sa place dans le monde. L'analyse met au jour un fantasme de transparence, d'effacement. Le corps amaigri devient symbole d'une lutte contre l'intrusion, contre la sexualisation, contre le regard de l'Autre. Antonin (24 ans), consulte après une rupture sentimentale qui réactive des crises boulimiques. Il décrit l'alternance de pulsions ingérables et de rejets violents comme une punition : « Je me remplis pour me détester ensuite ». L'histoire familiale révèle un abandon paternel et une mère accaparée. Le vide affectif, non verbalisé dans l'enfance, semble s'être logé dans le corps, le poussant à chercher dans l'acte alimentaire une forme de contenance. Le symptôme traduit une tentative de mise en sens là où le langage n'a pas pu symboliser la douleur du manque. Rachel (38 ans), souffre d'hyperphagie nocturne. Dans les premiers entretiens, elle évoque son corps comme « une armure », un moyen de se rendre invisible, de se protéger d'un monde perçu comme menaçant. Son histoire est marquée par des épisodes traumatiques non élaborés. Le corps devient ici écran de projection, le symptôme alimentaire agit comme un anesthésiant face à une souffrance indicible. C'est à travers la mise en mot de ce vécu enfoui — derrière l'excès, derrière les kilos — que Rachel commence à se réapproprier son corps, non plus comme barrière, mais comme lieu d'existence. Les exemples cliniques révèlent que le trouble alimentaire ne se réduit ni à une problématique nutritionnelle ni à une manifestation comportementale isolée. Il peut être envisagé comme une forme d'expression psychique là où la parole fait défaut, une tentative — souvent incomplète — de donner corps à une souffrance subjective. Chaque patient engage une relation singulière au symptôme, enracinée dans son histoire, ses représentations et ses conflits internes. Dès lors, il n'existe pas de lecture unique du symptôme alimentaire, mais une pluralité de significations à explorer. La psychanalyse ne vise pas l'effacement du symptôme, mais son élaboration : elle ouvre un espace d'écoute où le symptôme peut être mis en récit, relié à un vécu intime, et progressivement réinscrit dans une dynamique de subjectivation. Le corps passe alors du statut d'objet agi à celui de support symbolique. Il cesse d'être le lieu exclusif de la souffrance pour redevenir espace de médiation, de relation, de désir. Le sujet peut ainsi se réapproprier son histoire, non plus par le biais de la répétition ou de la maîtrise, mais par celui de la parole, du sens, et de la rencontre.
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Marie Nussbaum - 01 Mar, 2025
Un parent entre à l'EHPAD
L'entrée d'un parent en Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) peut jouer le rôle de catalyseur dans la dynamique familiale. Les relations entre frères et sœurs, souvent établies depuis longtemps, peuvent être réévaluées et transformées dans ce contexte. Les responsabilités de soins, la gestion des émotions et la prise de décision peuvent exacerber les tensions existantes ou en créer de nouvelles. Cette période peut être l'occasion de renforcer les liens au sein de la fratrie, mais elle peut aussi raviver des rancœurs passées. En tant que thérapeutes, il est essentiel d'être attentif à cette dimension familiale pour saisir toutes les subtilités des interactions et des conflits potentiels. Le vieillissement est un processus naturel, mais il est souvent accompagné de pertes d'autonomie et de la nécessité de soins adaptés. Lorsque le maintien à domicile n'est plus possible en raison de l'état de santé du parent, l'option de l'EHPAD devient pertinente. Cependant, cette transition représente un bouleversement émotionnel pour les familles, rempli de sentiments ambivalents tels que la culpabilité, la tristesse, et parfois même le soulagement. Prendre la décision de placer un parent en EHPAD est souvent source de culpabilité. Le thérapeute aide à clarifier les motivations profondes, à évaluer les alternatives, et à accepter la décision prise en toute bienveillance. Dans ce contexte, l'accompagnement psychologique joue un rôle clé. Nous intervenons pour encadrer, soutenir, et guider nos patients tout au long de ce processus complexe. Voici quelques axes principaux d'intervention : Nous commençons par évaluer la situation spécifique de chaque famille. Il est primordial d'informer de manière claire et empathique sur les raisons qui rendent nécessaire l'entrée en EHPAD. Les émotions ressenties sont souvent intenses et contradictoires. Il est indispensable de créer un espace sécurisant où les enfants peuvent exprimer librement leurs sentiments sans crainte d'être jugés. La validation de ces émotions est un premier pas vers leur apaisement. Le départ du parent en établissement peut soulever des angoisses profondes liées à la peur de ne plus reconnaître son propre parent. Cette perspective de voir l'identité du parent se transformer ou se perdre peut être terrifiante. De plus, ce changement amène souvent les enfants à questionner leur propre vieillissement et à envisager ce que l'avenir leur réserve. Il peut aussi être l'occasion de requestionner ou faire un bilan de la relation parent-enfant(s). Il s'agit aussi pour le thérapeute d'accompagner le ou les proches dans ce qu'ils peuvent aborder avec le parent rejoignant un établissement pour construire une relation dans cette étape de vie.
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Marie Nussbaum - 01 Feb, 2025
L'obligation de soins en France
Entre contrainte légale et cheminement thérapeutique En France, l'obligation de soins est une mesure légale qui impose à une personne de suivre un traitement médical ou psychologique, souvent dans le cadre d'une décision judiciaire. Cette contrainte, inscrite dans l'article 132-45 du Code pénal, peut être prononcée avant ou après un jugement, et s'applique à des pathologies variées, notamment psychiatriques ou addictives. Mais que signifie cette obligation pour le thérapeute qui accueille un tel patient dans sa clinique de ville, souvent faute de place en institution ? Et surtout, peut-on réellement soigner quelqu'un qui est contraint d'être là ? Les chiffres et le contexte En 2023, les dépenses de santé en France ont atteint 325 milliards d'euros, avec une augmentation notable des soins ambulatoires. Cependant, les institutions psychiatriques peinent à répondre à la demande croissante, laissant de nombreux patients sous obligation de soins se tourner vers des praticiens en libéral. Ces patients arrivent souvent avec une phrase lourde de sens : « Je suis obligé(e) d'être là. » Le défi éthique et thérapeutique L'obligation de soins pose une question fondamentale : peut-on soigner quelqu'un qui ne vient pas de son plein gré ? La réponse réside dans l'art de transformer cette contrainte en opportunité. Le thérapeute doit accueillir le patient sans jugement, en reconnaissant la contrainte tout en ouvrant un espace de dialogue. L'objectif est de faire évoluer l'obligation en un besoin ressenti, puis en une demande active de soin. Le philosophe Emmanuel Levinas, dans son éthique de la responsabilité, nous rappelle que « l'accueil de l'autre doit se faire sans condition ». Cette approche trouve un écho dans la pratique clinique : il s'agit de décrypter ce que l'obligation révèle du patient, de ses résistances, mais aussi de ses besoins non exprimés. De l'obligation au besoin : un cheminement La difficulté des pathologies mentales réside souvent dans le déni de la maladie. Le patient ne se sent pas malade, et la loi l'oblige à se soigner, non pas pour lui-même, mais pour protéger la société. Le rôle du thérapeute est alors de recentrer le soin sur le patient, en travaillant sur son propre besoin de guérison. Prenons l'exemple de l'acteur Robert Downey Jr., contraint par la justice à suivre des traitements pour ses addictions. Ce parcours, initialement imposé, a fini par devenir une démarche personnelle de réhabilitation, illustrant comment une obligation peut se transformer en un cheminement vers le mieux-être. Les enjeux légaux et éthiques L'obligation de soins soulève des questions complexes :Respect de la liberté individuelle : Une intervention médicale contrainte peut être perçue comme une atteinte aux droits fondamentaux. Responsabilité collective : La mesure vise à protéger la société, mais le thérapeute doit veiller à ne pas réduire le patient à un simple « cas à gérer ». Secret professionnel : Le praticien est parfois pris entre les exigences judiciaires et le respect de la confidentialité médicale.Conclusion : L'art de la thérapie sous contrainte Transformer une obligation en une démarche volontaire est un défi, mais aussi une opportunité. Le thérapeute, en accueillant le patient avec bienveillance et en travaillant sur le sens de cette contrainte, peut l'aider à cheminer vers une demande de soin authentique. Selon Rogers, « L'homme ne peut changer que lorsqu'il se sent accepté tel qu'il est. » Ainsi, l'obligation de soins, loin d'être un obstacle, peut devenir un levier pour révéler un besoin profond, souvent enfoui sous les résistances initiales. C'est là tout l'art de la thérapie : faire de la contrainte une ouverture, et de l'obligation une suggestion.
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Marie Nussbaum - 01 Jan, 2025
Suicide d'un proche
Naviguer le deuil après le suicide d'un proche : Guide pour les patients Perdre un être cher est toujours une expérience profonde et difficile, mais lorsque le décès est dû à un suicide, le processus de deuil peut être particulièrement complexe et intense. Les individus endeuillés par le suicide d'un proche sont souvent confrontés à des obstacles émotionnels uniques et peuvent éprouver des sentiments de culpabilité profonde, d'isolement et de traumatisme. Cet article vise à fournir des perspectives psychologiques et un soutien aux personnes confrontées à une telle perte, en soulignant l'importance de travailler sur la culpabilité, de reconnaître l'expérience unique du deuil par suicide, et de naviguer les conséquences traumatiques d'une telle perte. Travailler sur la culpabilité et l'ambivalence affective L'un des sentiments les plus envahissants après le suicide d'un être cher est la culpabilité. Cette culpabilité peut être particulièrement prononcée chez les enfants et les jeunes adultes, qui peuvent avoir l'impression qu'ils auraient pu prévenir la tragédie ou qu'ils n'ont pas été assez attentifs à la détresse de la personne. Cette culpabilité inconsciente, qui n'est pas forcément liée à des actes ou omissions spécifiques, peut découler de fantasmes profondément ancrés de l'avoir causé ou d'avoir été une « mauvaise » personne. Des mécanismes de défense tels que le déni, la projection ou l'idéalisation excessive du défunt peuvent compliquer le processus de deuil. Les sentiments ambivalents envers le défunt sont un autre aspect commun mais difficile du deuil. Ces émotions contradictoires peuvent inclure le ressentiment, la colère, voire un soulagement, juxtaposés à l'amour et au manque. Cette ambivalence est une caractéristique universelle des relations humaines, mais elle peut être déroutante et perturbante pour l'individu endeuillé, en particulier lorsqu'elle concerne une personne chérie. La psychothérapie offre un espace sécurisé pour explorer ces émotions contradictoires, permettant aux patients de les reconnaître, les accepter et les intégrer, facilitant ainsi une résolution plus saine du deuil et un réinvestissement émotionnel dans le présent. Se sentir différent : L'isolement du deuil par suicide Les endeuillés par suicide ressentent souvent un sentiment d'étrangeté par rapport à ceux ayant perdu un proche par d'autres moyens. Ce sentiment d'être « différent » peut entraîner un profond isolement, car la personne endeuillée peut croire que personne ne peut vraiment comprendre sa douleur et son chagrin. La stigmatisation entourant le suicide peut également exacerber ce sentiment d'isolement, rendant difficile pour l'individu endeuillé de trouver réconfort et compréhension au sein de son cercle social. Les thérapeutes peuvent jouer un rôle crucial en aidant ces individus à se connecter avec des réseaux de soutien et des ressources adaptées aux personnes ayant vécu des pertes similaires. Les groupes thérapeutiques ou de soutien pour les survivants de suicide peuvent offrir un sentiment de communauté et de compréhension, aidant à atténuer les sentiments d'exclusion et favorisant un cheminement collectif vers la guérison. Traiter le traumatisme : Trouver des mots pour des images violentes Les survivants de suicide doivent souvent composer avec des images et des souvenirs traumatisants associés au décès de leur proche. Ces images violentes peuvent être accablantes et difficiles à gérer, rendant la perte encore plus difficile à traiter. Participer à une thérapie centrée sur le traumatisme peut être essentiel pour aider les individus à exprimer ces expériences, à en décoder les significations implicites et à construire des récits cohérents. En encourageant les patients à exprimer et à travailler sur ces souvenirs traumatisants, les thérapeutes peuvent les aider à diminuer l'intensité de ces images et à intégrer ces expériences dans le cadre plus large de leur histoire de vie. Ce processus non seulement aide à la résolution des traumatismes, mais permet également aux endeuillés de récupérer leur sentiment d'autonomie et de restaurer leur équilibre émotionnel. S'appuyer sur les forces individuelles : un chemin vers la guérison Tandis qu'il est vital de traiter la culpabilité, l'isolement et les traumatismes, il est tout aussi important de reconnaître et de construire sur les forces et les ressources individuelles du patient endeuillé. Chaque personne possède des capacités uniques et une résilience qui peuvent être exploitées pour naviguer sur le difficile chemin du deuil. Les thérapeutes peuvent soutenir les patients dans l'identification et l'utilisation de ces forces, facilitant la croissance personnelle et favorisant un sentiment renouvelé de but et de connexion. Les interventions thérapeutiques doivent être adaptées aux besoins de l'individu, mettant en avant leur résilience et leurs capacités inhérentes. Cette approche holistique aide non seulement à la résolution du deuil, mais favorise également le bien-être général et des réponses émotionnelles plus saines face à l'adversité. Conclusion Faire le deuil d'un être cher perdu par suicide est un voyage complexe et profondément personnel. En abordant les sentiments omniprésents de culpabilité, en reconnaissant les expériences uniques du deuil par suicide, en traitant les souvenirs traumatiques et en s'appuyant sur les forces individuelles, la thérapie peut offrir un cadre solide pour la guérison. Il est essentiel de rechercher du soutien et d'embrasser ses propres capacités de résilience, permettant ainsi de naviguer sur ce chemin complexe et difficile avec compassion et compréhension.